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L'IA va-t-elle remplacer les profs ?

  • Photo du rédacteur: Sophie
    Sophie
  • 8 févr.
  • 2 min de lecture

La question est devenue un refrain : puisque l’IA produit du texte, de la traduction et même de la voix à une vitesse inaccessible à l’humain, il suffirait d’additionner ces performances pour conclure que les métiers de la langue n’ont plus qu’à s’effacer. 


Or cette conclusion repose sur un contresens, car elle confond production et responsabilité, vitesse et justesse, conformité formelle et pertinence.



Qu’une IA sache “sortir” une traduction ou un texte en quelques secondes n’implique pas qu’elle sache décider de ce qui doit être dit, ni, surtout, qu’elle soit capable d’assumer les conséquences de ce qu’elle produit. 


Dans la langue, l’essentiel ne se situe pas dans l’assemblage des formes, mais dans l’évaluation permanente de leur adéquation : ce qui est acceptable dans un contexte donné, ce qui est ambigu, ce qui trahit une intention ou ce qui déforme une nuance. Autrement dit, la compétence linguistique n’est pas une simple compétence de fabrication, mais une compétence de jugement.


C’est précisément ce que je constate au quotidien dans mon travail. Là où l’on imagine une machine remplaçant l’humain, je me retrouve, en tant que spécialiste du français, à travailler en aval : je corrige, je mets en forme, je vérifie la cohérence et l’économie d’un texte et je tranche là où l’outil laisse passer des maladresses ou produit des formulations “correctes”, mais pauvres, voire parfois trompeuses. 


Dans le domaine de l’apprentissage des langues, j’évalue la prononciation générée par l'IA, non pas selon un critère fantasmé de perfection, mais selon un critère beaucoup plus exigeant, à savoir l’intelligibilité réelle, les risques de confusion, la capacité du modèle à produire une langue qui ne soit pas seulement compréhensible, mais pédagogiquement exploitable.


À ce stade, il devient difficile de soutenir que l’IA “remplace” les métiers de la langue puisqu’elle les réactive sous une forme différente : l’outil automatise une partie de la production, mais il rend d’autant plus central le rôle de celles et ceux qui savent relire, diagnostiquer, corriger, contextualiser et, finalement, décider. 


La promesse implicite du remplacement tient surtout au fait que l’on accepte, collectivement, d’abaisser le niveau d’exigence et de considérer qu’un texte est “bon” dès lors qu’il est fluide, qu’une traduction est “satisfaisante” dès lors qu’elle passe, qu’une voix est “utile” dès lors qu’elle ressemble vaguement à une voix humaine. 


La question n’est donc pas de savoir si l’IA va remplacer les profs, les traducteurs ou les rédacteurs, mais de savoir ce qu’il advient lorsque l’on confie à une machine la production de formes linguistiques sans maintenir, en face, une compétence capable d’en garantir la justesse et la nuance. 


L’IA peut accélérer, mais elle ne peut pas porter la responsabilité du sens ! Et tant que le sens reste une affaire humaine, ceux qui travaillent la langue ne disparaissent pas : ils deviennent les gardiens d’un seuil.

 
 
 

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